Photo by Boris Kačan

Un pays magnifique dans lequel même les murs de pierre sèche sont des œuvres d’art

Avez-vous déjà, lors d’un vol à basse altitude, profité des regards sur les îles et la côte croate et contemplé les ensembles de murs de pierre sèche parfaitement construits, sans mortier, et conservés, depuis des milliers d’années pour certains ? Certains plaisantent pour dire que les bâtisseurs se divertissaient de cette façon pendant les mois d’hiver, durant lesquels ils avaient moins de travail, si bien qu’ils jouaient à celui qui construirait le plus beau mur de pierre sèche. Cependant, la raison à l’origine de la construction des murs de pierre sèche est beaucoup plus captivante, à l’image de cet art unique de construction en Croatie.

L’art de la construction des murs de pierre sèche a été reconnu à l’échelle mondiale en 2018, date à laquelle cette forme d’art a été inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

 

Bien que cela puisse sembler simple, l’empilage de pierres les unes sur les autres est tout le contraire. L’art de la construction des murs de pierre sèche remonte à des milliers d’années. Pour en prendre conscience, il suffit de contempler la plaine de Stari Grad sur l’île de Hvar, figurant sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO et dans laquelle de tels murs ont été construits afin de diviser le territoire, et qui sont encore debout aujourd’hui.

 

Les murs de pierre sèche étaient construits pour diverses raisons et dans des styles différents. Dans certains cas, ils répondaient à des besoins agricoles. Afin que la terre soit fertile, la pierre était retirée du sol puis empilée afin de faciliter la culture des semences et afin de procéder à une démarcation territoriale. Les murs de pierre sèche permettaient également de protéger les hommes et les animaux contre la forte bora soufflant sur les îles comme Pag.

Des murs de pierre sèche magnifiques comme ceux construits à l’époque des Libourniens, ont été construits sur certaines îles. En tant que premiers colonisateurs, les Libourniens ont construit des murs afin de marquer leur territoire. Le fait qu’ils aient survécu jusqu’à aujourd’hui témoigne de l’agilité des constructeurs. La construction des murs de pierre sèche est incontestablement un art consistant à construire des structures de pierres sans matériel d’assemblage, à mains nues et sans outil.

 

Les spécimens les plus impressionnants de l’art de la construction de murs de pierre sèche, du moins depuis les airs, sont certainement ceux construits sur l’île de Baljenac. Bien que l’île ne s’étende que sur 0,14 km2, des murs de pierre sèche d’une longueur totale incroyable de 23 km se situe à Baljenac. Mais ce n’est pas tout. La forme de l’île et son réseau complexe de murs de pierre sèche ressemblent à une empreinte de doigt gigantesque. D’autant plus que l’empreinte digitale est un symbole de la Croatie, le père de la dactyloscopie, Ivan Vučetić, étant originaire de Hvar.

Les vignes de Primošten, dont les plants tirent le meilleur de ce que la terre à offrir, et protégées par des murs de pierre sèche parfaitement construits, constitue un autre exemple de l’art de la construction de murs de pierre sèche sur le continent. C’est le résultat d’un véritable labeur, qui fait aujourd’hui la joie des habitants et des touristes dégustant les délicieux vins de Primošten.

Cependant, il ne faut pas oublier que la technique de construction de murs de pierre sèche n’était pas seulement utilisée pour les murs. De l’Istrie à la Dalmatie, il est possible de trouver plusieurs styles caractéristiques d’abris en pierre qui faisaient office de lieux de repos à ceux travaillant dans les champs, mais également de refuge par mauvais temps. Ces maisons de pierre étaient habituellement suffisamment hautes pour que des hommes puissent s’y tenir debout. Elles se distinguaient par différentes caractéristiques. Certaines avaient des murs en forme de cône, comme les « kažuni » en Istrie, alors que d’autres avaient des toits arrondis, comme les « bunje » en Dalmatie.

En Croatie, nous constatons un regain d’intérêt pour les métiers traditionnels lors des dernières années, des conférences et des ateliers sur l’art de la construction de murs de pierre sèche étant organisés à différents endroits, par ex. à Velo Grablje sur l’île de Hvar, qui accueille chaque année le Festival de la lavande débutant par un atelier de construction des murs de pierre. Si vous souhaitez cependant découvrir le meilleur des murs de pierre sèche, une destination s’impose…

Dragodid.

Devant son nom au village du même nom, ponctuellement habité et composé de maisons de pierre, sur l’île de Vis, le projet Dragodid a eu un impact si important sur la préservation et la promotion des techniques de construction des murs de pierre sèche et les autres techniques de construction que le prix de l’Union européenne pour le patrimoine culturel – Europa Nostra – lui a été décerné en 2011. En 2018, un atelier destiné aux étudiants en architecture du monde entier, durant lequel certaines parties du village ont été reproduites en utilisant l’ancienne technique traditionnelle, a été organisé à Dragodid. Il s’agissait d’une initiative qui s’est répandue au-delà des frontières de ce village, depuis son lancement en 2010, et dans le cadre de laquelle une brochure sur les techniques de construction a été publiée.

Dès lors, la prochaine fois que vous vous arrêterez afin de contempler le patrimoine croate des murs de pierre sèche, souvenez-vous du travail réalisé en vue de sa construction et du labeur nécessaire afin de créer ce magnifique paysage que nous pouvons contempler aujourd’hui.